Lorenzo Ravasco
Placeholder cover — Les Rives du Possible
Not yet publishedNovel · In French

Les Rives du Possible

Genre
Contemplative science fiction
Language
French
Status
Writing in progress

Synopsis

EN

Lorenzo is still writing this novel. The English synopsis will appear here when it is ready.

Résumé

FR

Le roman est actuellement en cours d’écriture. Le résumé en français sera ajouté ici lorsqu’il sera prêt.

Excerpt

Chapitre 1 · in the original French · about 5 min read

Sample text — not from Lorenzo's novel

0% read

Chapitre 1

Le ministère des chaussettes perdues

La première fois qu’une chaussette se plaignit officiellement, personne ne sut à quel service l’adresser. Elle était bleue, légèrement trouée au talon, et avait attendu quarante-sept minutes au guichet numéro trois. Dans sa main — si l’on peut appeler ainsi le bout d’une chaussette — elle tenait un formulaire plié en huit.

« Objet de votre visite ? » demanda l’employé sans lever les yeux. La chaussette expliqua qu’elle n’était pas perdue. C’était sa jumelle qui avait disparu, un jeudi matin, entre le programme « coton délicat » et l’essorage. Elle souhaitait déposer une plainte et, si possible, récupérer les intérêts.

L’employé soupira. Les disparitions de chaussettes relevaient depuis peu du ministère des Affaires Improbables, troisième étage, porte B. Il tamponna le formulaire avec l’enthousiasme d’un homme qui avait déjà tamponné trois mille formulaires avant le petit déjeuner. « Prenez l’ascenseur. Et ne parlez pas au ficus. »

Le ficus, naturellement, parla le premier. « Vous aussi, vous cherchez quelque chose ? » demanda-t-il alors que la chaussette passait devant son pot. Il portait un petit badge : Gérard, responsable de l’accueil végétal. « Je cherche ma sœur », répondit-elle. « Ah », dit Gérard. « Moi, je cherche la lumière. Nous avons tous nos combats. »

Au troisième étage, un panneau indiquait : MINISTÈRE DES CHAUSSETTES PERDUES, DES CLÉS ÉGARÉES ET DES IDÉES QUI ARRIVENT SOUS LA DOUCHE. En dessous, quelqu’un avait ajouté au feutre : LES PARAPLUIES SONT PRIÉS DE PATIENTER DEHORS. La chaussette trouva cette consigne profondément discriminatoire, mais décida de choisir ses batailles.

Derrière la porte B se trouvait une salle immense, remplie de casiers métalliques et de tasses de café dépareillées. Des centaines de trombones y travaillaient en silence. Chacun portait un casque minuscule et classait des dossiers plus grands que lui. Au plafond, une horloge avançait de deux minutes, puis reculait de trois, comme si elle regrettait chaque décision.

« Nom ? » demanda une voix. Un pingouin en costume trois pièces apparut entre deux classeurs. « Uniquement pour le formulaire », précisa-t-il. « Ici, nous respectons la vie privée des accessoires textiles. » La chaussette donna son numéro de série. Le pingouin le répéta avec gravité, nota quelque chose, puis referma son carnet. « Inspecteur Lucien. Brigade des disparitions domestiques. Suivez-moi. »

Ils traversèrent le département des cuillères introuvables, où une enquête avait pris une tournure embarrassante : toutes les cuillères manquantes avaient été retrouvées dans le même tiroir, mais aucun tiroir ne reconnaissait les faits. Ils passèrent ensuite devant le bureau des chargeurs de téléphone, dont les occupants se disputaient à propos d’une prise électrique depuis 1998.

Enfin, Lucien s’arrêta devant une porte marquée LAVERIES — INCIDENTS SPATIO-TEXTILES. « Vous allez devoir être courageuse », dit-il. « Votre sœur n’a peut-être pas disparu. » La chaussette sentit son élastique se contracter. « Comment ça ? » Le pingouin hésita, puis sortit une photographie d’un sèche-linge ouvert sur un horizon violet. « Nous pensons qu’elle a choisi de partir. »

Il expliqua qu’au cours des dernières années, plusieurs chaussettes avaient découvert une faille entre le tambour et la paroi des machines. De l’autre côté existait un archipel de paniers à linge, baigné d’un soleil tiède, où personne n’avait jamais à retrouver sa paire. Les chaussettes y vivaient libres, assorties à elles-mêmes, et certaines avaient même ouvert des ateliers de danse contemporaine.

« Elle aurait pu me prévenir », murmura la chaussette bleue. Lucien hocha la tête. « C’est ce que nous disent tous les lacets. » Il lui tendit une enveloppe. À l’intérieur se trouvait une carte postale, ornée de palmiers, et une phrase écrite dans une encre qui ressemblait étrangement à de la lessive : Ne m’attends pas pour le prochain lavage. Je vais très bien. P.-S. : tu devrais sortir davantage.

La chaussette contempla longuement la carte. Puis, pour la première fois depuis son achat en lot de six, elle prit une décision sans consulter l’étiquette d’entretien. « Est-ce que je peux obtenir un billet ? » demanda-t-elle. « Pour l’archipel ? » Lucien sourit. « Pas encore. Mais je peux vous proposer un entretien avec notre service des départs volontaires. Le prochain rendez-vous est dans dix-huit mois. »

La chaussette le regarda. Elle regarda le formulaire. Elle regarda l’horloge qui venait de perdre vingt minutes. Puis elle se dirigea vers la fenêtre, l’ouvrit d’un geste souple et se laissa emporter par un courant d’air. Lucien resta immobile quelques instants. Ensuite, il ajouta une ligne dans son carnet : dossier résolu de manière non administrative.

Au rez-de-chaussée, Gérard le ficus sentit passer une brise. Une petite chose bleue virevolta devant ses feuilles avant de disparaître dans le soleil. « Quelle chance », murmura-t-il. Puis il se pencha vers la fenêtre ouverte et, pour la première fois de sa carrière végétale, envisagea sérieusement de prendre des vacances.

Fin de l'extrait

Where to find it

Publication information will appear here when available.

Questions? Get in touch →
Earlier bookThe Voyage of the Unicorn →Published · English & French